Quand Lille invite une Europe XXL

Publié le par Jean-Michel

Nous avions aimé Bombaysers, les éléphants, les fêtes en sari dans les couleurs de Bollywood et les senteurs de l'Inde. Nous devrions adorer l'Europe XXL, nouvelle déclinaison de Lille 3000 dont Martine Aubry et Didier Fusillier ont dévoilé, hier matin, les grands rendez-vous

Une programmation qui n'allait pourtant pas forcément de soi, comme l'a justement rappelé la maire de Lille : « La crise est là, il est d'autant plus important de pouvoir nous réunir autour de la culture qui n'est pas la cerise sur le gâteau mais l'essentiel, en ce qu'elle relie les hommes. » De fait, se retrouver autour de surprises, de joies et d'émotions artistiques devrait nous changer favorablement d'un quotidien passablement sinistre et consternant. Où le « consommer plus » peut laisser la place au « vivre mieux » et « la culture apporter des éléments de réponses aux questions qui se posent aujourd'hui ».

Autour d'une problématique particulièrement sensible et pertinente, vingt ans après la chute du mur de Berlin, où en sommes-nous ? Cette Europe qui se construit avec hésitations est-elle encore conforme aux voeux des pères fondateurs ? A-t-elle encore un message à donner au monde ? L'équipe de Didier Fusillier, directeur de Lille 3000, souhaite questionner les artistes qui en sont issus. Et la programmation entend mêler le très sérieux et le ludique, le surprenant, l'étonnant, le dérangeant.

« Des artistes décomplexés »

C'est de l'Europe d'aujourd'hui, une Europe extra-large, étendue à la Turquie via Istanbul, à la Russie et même au Kazakhstan (!) qu'il sera question pour l'édition 2009 de Lille 3000. Quatre mois durant, du 14 mars au 12 juillet, déferleront à Lille quelques-uns des artistes, peintres, plasticiens, musiciens, comédiens, metteurs en scène parmi les plus étonnants, les plus novateurs, « les plus décomplexés », dira Didier Fusillier.

Certains ont connu la dictature - sous sa forme socialiste dans les pays de l'ex-bloc soviétique ou militaire comme en Turquie -, les plus jeunes sont de cette première génération désormais frottée et confrontée aux jeux du libéralisme, du libre-échange, d'une liberté enfin acquise mais dont les jeux sont de plus en plus déroutants et déstabilisateurs. Avec audace, avec talent et avec humour, parfois corrosif, ils en dessinent les contours, avec leurs rêves.

Quatre mois durant, la nouvelle édition de Lille 3000 reprendra les ingrédients initiés - avec succès - depuis 2004 : des fêtes, des expositions et des spectacles vivants, de multiples lieux investis depuis les plus traditionnels (musées, théâtres, salles de concerts) jusqu'aux plus inédits (les Maisons folies, bien sûr, mais aussi le désormais fort fréquenté Tri postal, et très prochainement, l'ancienne gare Saint-Sauveur à Lille, première étape d'une complète et future transformation de l'ancienne SERNAM). Des rencontres-débats sur l'Europe avec des historiens, des intellectuels, des écrivains (ce qui avait un peu manqué en 2004 et en 2006)...

Une cinquantaine de villes

Quelque cinq cents événements au total - une trentaine d'expositions, près de deux cents rendez-vous de spectacles vivants - formeront le coeur de cette programmation. Grande nouveauté par rapport à 2004 et 2006 : cette fois, Lille 3000 ne concerne plus seulement la ville de Martine Aubry, mais l'ensemble de la métropole qui s'y est résolument ralliée, novation politique autant que culturelle.

À ce jour, une cinquantaine de villes, parfois rassemblées sous le gentil vocable d'intercommunalité, sont en train de concocter des programmes sur les Balkans, Berlin ou la Pologne. Après les Indes festives dans les quartiers de Lille, l'Europe festive pour une plus grande métropole. •

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