LES CH'TIS, C'ÉTAIT LES CLICHÉS — EXTRAIT 5
· Dany Boon « a déroulé les clichés un à un. Pour mieux les combattre ? Ou mieux les appuyer ? »
Pour écrire son scénario, Dany Boon a donc puisé dans la réalité, qui a toujours dépassé la fiction.
Puis, partant de là, il a déroulé les clichés un à un. Pour mieux les combattre ? Ou mieux les appuyer ? On n'est jamais mieux trahi que par les siens.
En envoyant Philippe Abrams, le héros de son film, dans le Nord-Pas de Calais expier une faute grave qui lui aurait valu un licenciement dans toute entreprise privée, Dany Boon et ses coscénaristes renforcent un poncif aussi daté que la course cycliste Paris-Roubaix : le Nord, c'est l'enfer.
Mais, me dira-t-on.., c'est le point de départ du scénario ! Sans lui pas de film ! Sans voix, pas de Jeanne d'Arc, sans iceberg, pas de Titanic !
Absolument pas. Des centaines, des milliers de personnes s'installent chaque année dans le Nord-Pas de Calais pour y travailler, de leur propre initiative ou mutés par leur entreprise, sans pour autant avoir été « punis ». Ce qui ne les empêche pas d'arriver avec des pieds de plomb et les pires préventions. Le film pouvait donc se dérouler.
Mauvais point de départ, mais aussi mauvais point d'arrivée. Après trois ans de purgatoire à Bergues, Philippe Abrams repart dans le Sud. À Porquerolles. S'il était si bien en Flandre, pourquoi en repart-il ?
Autre cliché, appuyé par le film et pas moins terrible : le directeur de La Poste dirige une équipe d'employés gentils comme tout, oh que oui, prêts à rendre service, oh que oui, mais guère professionnels, pas franchement intelligents et prompts à picoler pendant le service.
Belle image! Belle représentation !
C'est de l'humour ? Il faut prendre la situation au second degré ? Bien sûr. Dans ces conditions, on se demande pourquoi la banderole des supporteurs du P-SG, le soir de la finale de la Coupe de la ligue 2008, a tant indisposé les foules et fait pleurer des édiles socialistes dans le giron du président de la République. Le message n'était-il pas un raccourci — saisissant — du scénario de Bienvenue chez les Ch'tis ? Le second degré varie, faut-il croire, selon les éthylotests. »
Élise Ovart-Baratte, Les Ch'tis, c'était les clichés, chapitre « Bienvenue au paysé des clichés », pages 31 à 33.