Le châtelain reçoit chaque été

Chaque été, une grande partie des propriétaires de monuments historiques privés ouvrent leurs portes. L'occasion d'une rencontre avec le public, et de faire passer un message sur la protection du patrimoine.
« On avait les objets, mais on n'avait pas la boîte. » La « boîte », c'est le château de Barly (près d'Arras), un vestige de plus de deux cents ans que se sont offert en 2001 Bernard Dragesco et Didier Cramoisan, deux antiquaires passionnés par le XVIII e siècle. Une « boîte » de 700 m² au sol empaquetée dans 2,15 ha de parc, ouverte toute l'année au public, avec un pic de fréquentation l'été et lors des Journées du patrimoine de septembre.
En tout, ce sont près de trois mille visiteurs qui foulent chaque année le sol et les allées du domaine. « C'est loin d'être suffisant », assurent les deux quinquagénaires, qui estiment le seuil de rentabilité d'ouverture au public à vingt mille par an. « Mais c'est un contrat moral, c'est un devoir pour nous de partager avec le public. » Comme de nombreux propriétaires de monuments historiques de la région, les deux passionnés ouvrent grand leurs portes au public pendant l'été. Et bénéficient au passage d'avantages fiscaux : toutes les dépenses concernant l'aménagement et la restauration du château sont déductibles des impôts (contre 50 % pour ceux qui n'ouvrent pas). Un geste financier auquel s'ajoutent des subventions versées par l'État à hauteur de 50 % pour les monuments classés.
Longtemps simples collectionneurs, Didier Cramoisan et Bernard Dragesco ont franchi le pas en 2001 en devenant propriétaires. « Le château est un peu le contenant des objets que nous vendons à la galerie à Paris », à savoir des porcelaines du siècle des Lumières et autres joyaux historiques de l'époque. « Il faut tout de même être passionné pour se mettre une maison sur le dos », lâche Bernard Dragesco, qui confie consacrer l'ensemble de ses revenus à l'entretien et l'aménagement de la maison. « Tout y passe, j'ai même dû revendre des collections. » « L'État n'aurait de toute façon pas les moyens de s'en occuper ni de les acheter, on est un peu les gardiens bénévoles », commente Didier Cramoisan.
« On n'est pas propriétaires, c'est la maison qui nous possède, qui nous exploite pendant vingt ou trente ans. C'est notre devoir de la transmettre dans un meilleur état », lance Dragesco.
Transmettre et partager. Les deux chevaux de bataille des propriétaires privés qui décident d'ouvrir leurs portes. « En tant que propriétaire, on se doit de permettre aux gens de s'approprier le patrimoine, d'échanger. Les contraintes temporelles ou financières sont minimes à côté de ça, assure Sylvie Lemaitre, compagne de Michel Duru, le propriétaire du château de Créminil (près de Saint-Omer). Il faut faire vivre le bâtiment. L'ouverture au public permet de faire passer un message sur la protection de la nature et du patrimoine. » Propriétaire depuis trente ans, Michel Duru accueillait jusque-là gratuitement les visiteurs. Depuis cinq ans, l'entrée est payante. Chaque année, quatre mille enfants franchissent le pont-levis du château médiéval, soit l'essentiel des recettes. En juillet et en août, les touristes prennent le relais par poignées de quinze en moyenne par jour.
« La rencontre avec le public est extrêmement enrichissante et je remarque que d'année en année, les gens sont de plus en plus soucieux et sensibles à la conservation des monuments historiques », souligne cet ancien directeur financier, depuis peu à la retraite, ajoutant qu'aux prochaines Journées du patrimoine (les 20 et 21 septembre), l'intérieur du château sera ouvert aux visiteurs. « Il n'y aura pas de meubles historiques mais c'est une façon de montrer comment on vit dans un château. Dans les monuments publics, on ne rencontre pas l'État ! » •